Tueries au Congo: la Belgique assumera-t-elle ses responsabilités ?

La plus grande crise humanitaire de ce siècle a lieu au Congo-Kinshasa, où il ne se passe pas un mois sans que son lot de morts, de violence extrême de groupes armés et forces de sécurité n’endeuille le pays et ses ressortissants à l’étranger. L’importante communauté congolaise présente sur le territoire belge depuis des décennies regarde et constate la langue de bois, pour ne pas dire la complicité ou duplicité des groupes politiques belges, ceux aux affaires depuis que ce pays existe, qui ont soutenu et souhaité la chute d’un régime, le Mobutisme (de feu le président Mobutu) pour le remplacer par le Kabilisme (de Laurent Désiré Kabila), avant d’installer sur le « trône », après l’assassinat de ce dernier, son successeur Joseph Kabila.

S’en sont suivi des élections plus que douteuses, des tueries, des viols, des agressions frontalières à répétition, le tout sous le mandat de celui dont Louis Michel avait dit « Ce Kabila est une chance pour le Congo ». Voici des semaines que le clergé catholique, après moult dialogues politiques et autres accords jamais respectés par le régime au pouvoir, fort du soutien de la population et de diverses structures issues de la société civile, a pris le leadership en lançant une série de marches pacifiques de contestation qui se sont à chaque fois soldées dans le sang, une boucherie pour laquelle la jeunesse congolaise paie le prix fort: des dizaines de morts par balle, des étudiantes violées sur leurs campus universitaires, des prêtres violentés et des biens détruits.

Au milieu de ce tumulte, tente de se faire entendre une voix timide et timorée. Une petite voix, celle des irresponsables qui avaient promis le paradis au peuple, en soutenant l’accession au « trône » de Kabila et qui maintenant se défilent devant leurs responsabilités. Que valent des refus de visas et gels des avoirs de quelques pontes du régime face aux crimes pour lesquels les preuves, rapports et témoignages sont légion? Pour moins que cela, d’autres se sont retrouvés devant la Cour Pénale Internationale, ou le Tribunal Pénal International. Le constat est que la Belgique, comme d’autres États européens voire occidentaux, n’a pas assumé les conséquences de ses décisions de 1996-1997: le remplacement d’une dictature par une autre.

Oui, les pouvoirs politiques ET économiques belges, qui tiennent les rênes de ce pays, ont agi en irresponsables et continuent de se comporter comme tels face aux conséquences de la stratégie de prédation, via des guerres de basse intensité, des pillages des ressources, des massacres suivis de déplacements de populations, soutien à peine masqué aux élections truquées, qu’ils ont mis en place en Afrique Centrale depuis un quart de siècle. C’est cette vision du monde que l’establishment belge devra changer. Il en va de l’avenir de ce pays, qui compte désormais en son sein des citoyens aux origines plurielles. Le paradigme socio-politique belge se doit de changer, car au vu des liens entre la Belgique et le Congo en particulier et de l’Europe avec l’Afrique en général, il ne sera plus possible de laisser faire ce genre d’atrocités en se contentant de déclarations creuses et de mesures chétives.

Si la Belgique rate cette chance qui lui est donnée de se rattraper et d’apurer son passif historique avec le Congo et son peuple, il ne faudra pas s’étonner lorsqu’une rupture brutale interviendra entre ces deux pays, ces deux peuples, ces deux continents. Le monde change et ce qui était une certitude hier ne le sera plus demain. La montée en puissance de la Chine est un signal de rappel pour ceux qui en doutent encore.

Momi M’Buze

Auteur et co-fondateur Be.One