Philosémitisme électoral : Charles Michel sur les traces de Bart De Wever

Mercredi dernier, le Premier ministre a critiqué la décision de l’ULB de remettre à Ken Loach le titre de docteur honoris causa. Beaucoup y ont vu une marque de soutien à la communauté juive. A y regarder de plus près, la sortie de Charles Michel tient pourtant davantage du calcul électoral de bas étage. Explications.

Rien à dire. Par les temps qui courent, on est quand même peinard à n’être ni juif.ve, ni musulman.e. Pour le second cas, on y viendra dans une prochaine chronique. Mais commençons par le premier.

Le point de départ : la saga uelbesque autour de la nomination de Ken Loach au titre de docteur honoris causa de l’université bruxelloise. Pas la peine de se lancer dans une défense du réalisateur taxé d’antisémitisme, d’autres ont déjà brillamment démontré la fausseté de cette allégation. L’ULB a tenu bon face aux pressions. Bravo. On déplorera cependant que le recteur ait eu la faiblesse de réclamer au cinéaste british des explications quant à certaines de ses déclarations passées. On regrettera encore plus que Ken Loach ne lui ait pas gentiment répondu d’aller se faire foutre. Mais passons. Globalement, cette séquence tendait à prouver que non, la Belgique n’est pas la France ; qu’on ne salit pas si facilement la réputation d’un homme avec l’ignominieuse accusation d’antisémitisme, surtout lorsque cette dernière vise, avant tout, à réduire au silence un promoteur du BDS, mouvement honni par les défenseurs inconditionnels d’Israël.

C’était sans compter Charles Michel, bien décidé à lancer sa campagne sur le dos de la communauté juive, déjà victime d’agissements similaires de la part de Bart De Wever. Le candidat MR – car la prise de position qui suit n’est pas digne d’un Premier ministre -, présent mercredi soir à la grande synagogue de Bruxelles, n’a pu s’empêcher de critiquer le choix de l’ULB d’honorer Ken Loach. Et c’est là que, franchement, on se dit que les Juifs de Belgique ne sont pas aidés. Ni par les organisateurs des événements de la communauté, ni par Charles Michel. Pourquoi ? Parce que l’antisémitisme est effectivement une réalité dans notre pays, tout comme la négrophobie et l’islamophobie. Cette dernière forme de racisme repose, en grande partie, sur la peur du « grand remplacement ». Pour sa part, l’antisémitisme puise ses racines dans des théories du complot selon lesquelles « les Juifs » (appellation aussi bancale que « les musulmans », vu la diversité des manières de vivre sa judéité) contrôleraient et le monde politique et les médias et le secteur financier. Enfin, ils seraient absolument tous d’indéfectibles soutiens de l’Etat d’Israël.

Allez dire ça aux membres de l’UPJB – l’Union des Progressistes Juifs de Belgique -, qui sont parmi les plus virulents opposants à la politique israélienne. Sympa, donc, pour ces derniers, de découvrir que les célébrations des 70 ans d’existence d’Israël se sont déroulées, mercredi dernier, dans une synagogue. Ou comment bien enfoncer l’idée déjà ambiante que Juif = sioniste. Un amalgame dangereux, qui transforme nos concitoyens juifs en cibles privilégiées pour n’importe quel taré cherchant à apaiser sa rage contre Israël par un passage à l’action ici (*).

Cerise sur la soufganiyah, les déclarations du Premier ministre lors de cet événement, qui en profita pour désapprouver le choix honoris causesque de l’ULB, rentrant ainsi de plain-pied dans la campagne électorale, en surfant sur la vague identitaire. Coucou la communauté juive ? Coucou la populace islamophobe, surtout ! Car ne nous y trompons pas. En Belgique, on dénombre à tout casser 40.000 Juifs, dont une bonne partie ne pourra pas voter pour Charles Michel, vu qu’elle réside en Flandre. Un élément dont il est parfaitement conscient. Alors, pourquoi faire les yeux doux à ladite communauté juive ? Pour la même raison qui motive un Bart De Wever à valoriser « les Juifs », au détriment des « musulmans ». Ca plaît aux islamophobes du nord et du sud du pays, qui comptent les points et se découvrent une fibre philosémite, pourvu que les muslims soient les grands perdants du match inter-minorités. C’était déjà la stratégie du Vlaams Belang, c’est en passe de devenir celle d’un parti « mainstream » comme le MR.

Quand on vous dit que les Juifs de Belgique ne sont aidés…

* Journaliste à tendance kamikaze, islamo-gauchiste dans cette vie, probablement judéo-bolchévique dans la précédente. Décoloniale radicale, féministe rabique et décroissante assumée. Pro-paix, pro-amour, pro-société de l’inclusion totale, sauf pour les adorateurs de Léopold II et Israël, Milton Friedman, Zemmour, Fourest, Deneuve et Orelsan.