Bart De Wever, ouvertement islamophobe, subtilement antisémite

Si Bart De Wever donne une interview et que cette interview démarre par une question sur l’identité (comment pourrait-il en être autrement ?), alors, en tant que musulmans, nous sommes à presque 100% certains que nous aurons droit à une insulte ou toute autre sortie de route sur les musulmans ou sur l’islam. Avec sa dernière interview à De Zondag, nous n’avons évidemment pas été déçus. Impossible de l’être avec le président du parti de la loi autorisant la déportation, du profilage ethnique structurel, des mensonges à la sauce Jambon sur les « musulmans qui dansent », des déclarations sur le racisme relatif, les Berbères problématiques et les juges déconnectés de la réalité.

Que ses déclarations islamophobes, notamment sur le port du voile, passent dans une revue n’a rien de surprenant, mais la subtilité de son antisémitisme, je ne m’y attendais pas. La communauté juive est littéralement mise en place et signalée telle quelle. Les déclarations à son sujet en disent long. Le nationalisme de droite ne peut dissimuler sa véritable nature, et le lien avec un passé pas si lointain et si flou n’est pas loin.

L’homme ne le dira ou ne le reconnaîtra jamais explicitement. Cela est dû son propre complexe lié à la collaboration, contre lequel lui et son parti luttent depuis des décennies, sans savoir comment s’en défaire. Et il n’a pas tort lorsqu’il prétend, dans l’interview, qu’il est toujours le même homme avec les mêmes idées qu’il y a 10 ou 15 ans. En effet, il est le même homme que celui qui, en 2007, voua Patrick Janssens aux gémonies pour avoir présenté des excuses à la communauté juive pour la participation de la ville d’Anvers à la déportation des Juifs. Sa conviction : après les persécutions dont ils furent victimes et l’Holocauste, les Juifs ont compris de manière très claire qu’ils ne devaient pas faire trop de vagues, ni s’occuper de questions de citoyenneté, mais doivent surtout se retirer de la société et garder leur foi cachée à l’abri de portes fermées, derrière les murs de leurs synagogues et dans l’enceinte de leurs propres écoles. Voilà à quoi l’espace public doit ressembler : à nous, le peuple blanc et flamand ! C’est ce qu’il dit lorsqu’il affirme que «les juifs orthodoxes évitent les conflits et acceptent les conséquences de leurs choix. » Après les persécutions qu’ils ont subies, on pourrait plutôt dire qu’ils n’osent pas faire autrement.

En ce sens, sa référence aux valeurs des Lumières du XVIIIe siècle est aussi risible qu’invraisemblable, surtout quand on sait que le nationalisme flamand et la politique identitaire sont l’héritage d’une idéologie qui a surgi pendant l’une des périodes les plus sombres du XXe siècle et qui a mené à l’un des les plus grands crimes contre l’humanité.

Aujourd’hui, on cherche à produire le même phénomène avec les musulmans. Les musulmans veulent essentiellement façonner l’espace public, ce qui est leur droit en tant que citoyens de ce pays. S’ils n’y sont pas autorisés et se voient interdits de toutes les fonctions publiques parce que les politiciens à La BDW et ses partisans revendiquent un droit exclusif sur cet espace, il est logique que certains d’entre eux se retirent et se ferment à la société et mettent en place leurs propres structures.

La perversité de la situation réside dans le fait que, au moment où la communauté religieuse commencera à s’organiser, se structurer et créer une sorte de pilier privé, les mêmes politiciens l’accuseront de ségrégation communautaire, pour échapper au contrôle de la société, et même de radicalisation. Vous n’êtes pas le bienvenu et donc vous ne pouvez pas participer à la conception et au façonnement de l’espace public ET vous ne pouvez pas non plus créer et structurer votre propre espace. En fait, cela revient à la même histoire que le fameux «s’adapter ou dégager» de leurs camarades idéologiques du Vlaams Belang. Pour BDW, la meilleure option serait assurément que l’on dégage, mais il a encore besoin de ce soupçon de dignité et de probité pour apparaître comme humain et raisonnable.

Bien qu’il essaye de le masquer, son racisme continuer d’empester l’air pendant des heures et même un parfum de mots compliqués et de faux discours moraux ne peuvent en masquer l’odeur. De notre côté, nous sommes le rafraîchisseur d’air, le vrai changement, qui finira tôt ou tard par advenir.

Karim Hassoun est activiste et co-fondateur de Be.One