La mort de Mawda sert la N-VA

Le décès de Mawda ? Un « drame humain ». Les vrais coupables de sa mort ? « Les passeurs ». Pour l’instant, la tentative d’enfumage marche à merveille. Les responsables politiques piétinent nos valeurs, mais restent en place. Bientôt, ils s’en vanteront au cours de leur prochaine campagne électorale.

Le ministre de tutelle de ces policiers qui tirent à balles réelles sur une camionnette bourrée de réfugiés est toujours en place. Le Premier ministre demande aux partis de l’opposition de ne pas « récupérer ce drame humain à des fins politiques ». En clair, de la boucler. Mais il ne s’agit pas un « drame humain ». Il ne s’agit pas d’un car d’enfants qui se serait malencontreusement retrouvé dans un fossé. Il s’agit d’une petite fille tuée par des policiers qui visaient délibérément un véhicule rempli de réfugiés. Non, ce n’est pas un drame humain. C’est un scandale d’Etat.

Le Premier ministre parle de dignité. Lui qui ose convoquer les parents pour leur présenter ses condoléances et leur parler de « pistes possibles » pour leur permettre de rester en Belgique. Dignité… On croit rêver. Cher Premier ministre, cher représentant officiel de mon pays, la Belgique, ce ne sont pas tes condoléances qu’il te faut leur offrir, mes tes très plates excuses, une régularisation immédiate, un procès équitable et des dédommagements qui, de toute façon, ne répareront jamais le mal que la police de ton pays, mon pays, leur a causé. Cette police que, dans ta soif de pouvoir et ta volonté de gouverner au fédéral, tu es allé confier à cette bande de fachos à peine déguisée qu’est la N-VA.

La Belgique, pays où les réfugiés risquent leur vie

Le drame survenu dans la nuit du 16 au 17 mai sur l’autoroute de Maisières n’est pas dû à un hasard malheureux. Il est l’aboutissement d’une politique parfaitement calculée. Car jamais des policiers n’oseraient tirer sur une camionnette transportant des dizaines de migrants innocents s’ils ne se savaient pas protégés, pire, s’ils n’y étaient pas encouragés. Oh, bien sûr, personne ne leur a donné l’ordre d’abattre directement des réfugiés. L’important, c’est d’ « arrêter les passeurs ». Et tant pis s’il y a des « dégâts collatéraux ». Tant pis si l’un ou l’autre réfugié doit y passer, pourvu qu’on parvienne à arrêter « ceux qui font leur beurre sur la misère humaine ». La fin justifie les moyens.

Pourtant, comme l’a souligné aujourd’hui l’avocate des parents de Mawda, Maître Selma Benkhelifa, même pour stopper des braqueurs, des policiers n’oseraient jamais mettre en danger la vie d’otages kidnappés. Mais passons. Arrêter les trafiquants d’êtres humains, donc. Ca, c’est la raison officielle, celle qui est censée expliquer qu’une balle se soit logée dans la tête d’une petite fille. La vraie raison, elle, nous a été donnée par les parents de Mawda et par d’autres réfugiés qui, dans les médias, ont raconté combien la Belgique avait « mauvaise réputation ». Combien ils avaient peur de traverser notre pays. Peur pour leur vie.

Pour Francken, Jambon et la N-VA, c’est mission accomplie. Ils le savent : bientôt, Mawda sera oubliée, son souvenir emporté par le flot de nouvelles actualités. Mais les déclarations de ces réfugiés, la « mauvaise réputation de la Belgique » parmi les illégaux, ça, ce sera le carburant de leur campagne électorale. « Regardez, depuis que nous sommes au pouvoir, le flot de réfugiés s’est tari. » « Avec la N-VA, la Belgique n’est plus l’Eldorado des migrants. » Et tant pis si, pour cela, il faut terroriser des hommes, des femmes et des enfants en détresse et risquer d’en tuer l’un ou l’autre au passage. Tant pis si, dans l’aventure, on aura perdu ces chères valeurs d’humanité dont on aimait tant se targuer à l’étranger. C’est désormais notre premier credo : lorsqu’il s’agit de dissuader les réfugiés de gagner notre pays, la fin doit toujours justifier les moyens.

Journaliste à tendance kamikaze, islamo-gauchiste dans cette vie, probablement judéo-bolchévique dans la précédente. Décoloniale radicale, féministe rabique et décroissante assumée. Pro-paix, pro-amour, pro-société de l’inclusion totale, sauf pour les adorateurs de Léopold II et Israël, Milton Friedman, Zemmour, Fourest, Deneuve et Orelsan.