Adieu Océade, merci PS-MR !

Ce soir, l’Océade fermera définitivement ses portes. Sacrifié sur l’autel du méga projet Neo, le parc aquatique bruxellois était pourtant l’unique opportunité pour les jeunes de s’offrir une dose de dépaysement sans quitter la capitale.

Depuis 30 ans, l’Océade faisait figure de lieu emblématique pour toutes les familles bruxelloises. Surtout celles qui ne pouvaient pas se payer de vacances. Alors, pour se rêver sur une île des Caraïbes, elles rejoignaient la piscine à vagues à la température exquise, bien différente des bassins de natation glacials de la capitale. Les parents pouvaient barboter dans les jacuzzis qui surplombaient la piscine, tout en surveillant leurs marmots jouer les équilibristes sur des tapis flottants, lorsque ceux-ci n’enchaînaient pas les descentes dans les toboggans multicolores qui les propulsaient à toute vitesse dans la piscine extérieure. L’Océade, c’était aussi le repère des ados qui ne pouvaient pas payer à la fois le train et le billet d’entrée pour Walibi. Mais qu’à cela ne tienne. A Bruxelles, ils avaient leur propre parc aquatique. Combien de capitales peuvent en dire autant ?

Neo et le mythe de la création d’emplois

Mais l’Océade, c’est fini. La Région et la Ville de Bruxelles en ont décidé ainsi. Parce que, finalement, que pèsent ces gamins fauchés dans la balance de politiciens pour qui le délassement suprême des Bruxellois devrait se résumer à faire du « shopping » ? A la place d’Océade, donc, on trouvera bientôt le méga centre commercial Neo. Le PS, qui rêve décidément de transformer Bruxelles en une immense galerie commerçante, le souhaite d’une surface de 72.000 m2 (1). C’est encore plus que les vœux du MR – 50.000 m2. Même le PTB et Ecolo ne voient rien à redire au principe d’un troisième centre commercial dans la Ville de Bruxelles. Pourtant, le projet Docks Bruxsel n’a pas atteint ses objectifs de départ, tout en réussissant quand même à impacter négativement le commerce existant. Le même phénomène est appelé à se répéter avec la création de Neo. Et, alors que les bulldozers s’apprêtent à envahir le plateau du Heysel pour ériger le futur shopping center, d’autres zones de commerce bruxelloises sont aujourd’hui laissées quasi à l’abandon, comme une partie de la galerie Louise, qui offre désormais aux visiteurs le spectacle de commerces vides, autour desquels flotte une persistante odeur d’urine.

Des logements hors de prix

« Attention, Neo, ce n’est pas qu’un shopping center, c’est aussi du logement », nous rétorqueront ses promoteurs. Parlons-en, du logement. Le projet prévoit la création de seulement 590 logements, dont 500 de haut standing. De quoi encourager la flambée des prix de l’immobilier dans la capitale, alors que le pourcentage affolant de Bruxellois à risque de pauvreté exigerait la création de nouveaux logements sociaux (2). Le projet Neo ne prévoit pas non plus de nouvelle école. La construction de bâtiments scolaires est pourtant essentielle pour répondre aux besoins démographiques de la ville, mais tant pis. A la place, on trouvera des bureaux, beaucoup de bureaux. Le genre de constructions qui n’a rien d’une priorité puisque, pour rappel, Bruxelles compte… 1,2 million de mètres carrés de bureaux inoccupés (3). Last but not least, l’étude d’incidence prévoit la construction d’une voie de liaison alternative à l’A12 pour accueillir le flot d’automobilistes que drainera le méga shopping center. Voie de liaison qui passera par les parcs de Laeken et d’Osseghem. Oui, oui, vous avez bien lu. Bruxelles étouffe littéralement sous la pollution, les médecins de la capitale ne cessent d’alerter sur les dangers sanitaires que représentent les particules fines rejetées par les voitures et pourtant. Après Docks Bruxsel, non content d’encourager une nouvelle fois l’usage de la voiture avec la création d’un centre commercial décentré, on va peut-être massacrer des espaces verts, qui constituent actuellement l’un des rares freins crédibles à la pollution au CO2. Forcément, pour la petite promenade familiale dans le nord de Bruxelles, ce sera râpé. Mais puisqu’on vous dit que faire du shopping, c’est tellement mieux.

Une nouvelle piscine (non, ce n’est pas une blague)

Alors que, le 4 octobre prochain, commenceront les travaux de démolition d’Océade, notamment de sa piscine extérieure, on ne peut s’empêcher de se demander de qui se fout le PS. En effet, en cette vibrionnante période de promesses électorales, les socialistes avancent l’idée de construire une piscine en plein air sur le plateau du Heysel (4). Une piscine en plein air, soit le mythe que ressortent les édiles de la capitale à chaque canicule, ou à l’approche des élections. Déjà, jeune étudiante en journalisme, je faisais mon premier reportage télé sur cette proposition de l’ex-ministre Pascal Smet, c’est dire. En vérité, la seule façon pour cette proposition de se concrétiser, ce serait d’être portée par les promoteurs privés à la manœuvre dans le projet Neo. A la clé, nous aurons très probablement une piscine de luxe (puisqu’il ne faudrait pas dénoter avec l’immobilier environnant), au prix d’entrée trop élevé pour les gamins bruxellois, qui n’y trouveraient même pas les amusements et le dépaysement que leur offrait l’Océade jusqu’à présent.

Journaliste à tendance kamikaze, islamo-gauchiste dans cette vie, probablement judéo-bolchévique dans la précédente. Décoloniale radicale, féministe rabique et décroissante assumée. Pro-paix, pro-amour, pro-société de l’inclusion totale, sauf pour les adorateurs de Léopold II et Israël, Milton Friedman, Zemmour, Fourest, Deneuve et Orelsan.

(1) http://www.lacapitale.be/285165/article/2018-09-28/projet-neo-au-heysel-les-positions-des-partis-divergent
(2) https://bx1.be/news/barometre-social-pres-dun-tiers-bruxellois-seuil-de-risque-de-pauvrete
(3) http://www.lesoir.be/133458/article/2018-01-11/le-bureau-bruxellois-retrouve-le-sourire
(4) http://www.lacapitale.be/274636/article/2018-09-06/le-ps-veut-une-piscine-naturelle-en-plein-air-au-heysel