Le sort d’Emad Shahin, un Palestinien de 17 ans, en dit long sur la dérive extrême-droitière d’Israël. Le silence médiatique sur cette affaire et d’autres a des conséquences concrètes. Y compris ici.

C’est une histoire horrible comme il nous en parvient si souvent de la bande de Gaza. Gaza qui, lorsqu’elle n’essuie pas épisodiquement des bombardements aériens qui n’ont d’autre motivation que de servir la stratégie de politique interne du gouvernement israélien, continue d’être soumise au feu des snipers de Tsahal lors des marches hebdomadaires du retour, qui transforment peu à peu sa jeunesse en une génération d’estropiés, comme l’avait démontré un reportage de France 2 il y a un an. Cette histoire nous est racontée en détail par le site d’information Middle East Eye. La voici résumée.

Par deux fois, Emad Shahin reçoit une balle dans le même pied. La fois suivante, c’est l’autre pied qui est visé et, pour le coup, il doit être amputé de trois orteils.

Le 3 novembre 2018, Emad Khalil Ibrahim Shahin, un adolescent de 17 ans, se prend une balle dans la jambe près de la barrière de sécurité qui sépare l’enclave gazaouie de l’État hébreu. C’est la quatrième fois en l’espace de 6 mois qu’Emad est la cible d’un soldat israélien. Les trois premières fois, le garçon est touché au pied au cours de différentes marches du retour qui, depuis le mois de mars 2018, ont lieu chaque vendredi le long de la barrière de sécurité. Ces marches réunissent jeunes et moins jeunes. Avec la force du désespoir et malgré la menace des snipers de Tsahal, les manifestants réclament le droit au retour sur la terre de leurs ancêtres et la levée du blocus israélien qui, depuis 12 ans, les maintient à la limite du seuil de survie.

Par deux fois, Emad Shahin reçoit une balle dans le même pied. La fois suivante, c’est l’autre pied qui est visé et, pour le coup, il doit être amputé de trois orteils. Désormais handicapé à vie, Emad ne renonce pas aux marches du retour et décide même, avec quelques amis, de franchir la barrière de sécurité, dans l’espoir un peu vain d’atteindre une baraque inoccupée de l’armée israélienne située à 300 mètres de là et d’en ramener un trophée à exhiber sur les réseaux sociaux, comme la plaque d’immatriculation d’une jeep ou n’importe quoi d’autre. C’est dans ce contexte que, le 3 novembre 2018, il tombe sous une nouvelle balle israélienne qui vient se figer dans sa jambe. Vingt minutes plus tard, il est emmené par un hélicoptère israélien vers ce qui semble être la direction d’un centre médical situé dans le Néguev. Sa famille le récupérera un an plus tard, mort.

La vie d’un ado vs celles de deux soldats

Pourquoi raconter cette terrible histoire ? Sans doute parce qu’elle fait écho au battage médiatique que nous avions connu en 2008, au moment de la restitution par le Hezbollah des corps de deux soldats israéliens enlevés en 2006, en échange de la libération de cinq prisonniers libanais. Ce jour-là, toute la presse francophone avait relaté la douleur des familles israéliennes. À coups de témoignages de proches et de photos des parents en pleurs, leur souffrance de retrouver ces deux soldats à l’état de cadavres s’étalait à longueur de journaux papier et télévisés. Le corps d’Emad Shahin a été rendu à sa famille le 23 octobre dernier. Emad Shahin n’était pas un soldat. C’était un adolescent de 17 ans. Un jeune garçon en béquilles sur lequel on a tiré et dont on a ensuite conservé le corps dans de l’azote liquide pour ne le rendre à sa famille que 355 jours plus tard, sans la moindre explication. Lequel de nos médias en a parlé ? Aucun.

Le mois dernier, le ministre israélien de la Défense Naftali Bennett a décrété que les dépouilles des Palestiniens conservées en Israël ne devaient plus être rendues à leurs proches.

Pourtant, des Emad Shahin, il y en a d’autres. On parle des gamins handicapés à vie parce qu’une balle de Tsahal leur a pulvérisé la jambe ou le pied au cours d’une marche du retour. On parle, aussi, de ces 15 Palestiniens tués depuis le 30 mars 2018 et dont, selon une source citée par de Middle East Eye, les corps n’ont toujours pas été restitués à leurs familles. Et elles ne risquent pas de les récupérer de si tôt puisque, le mois dernier, le ministre israélien de la Défense Naftali Bennett a décrété que les dépouilles des Palestiniens conservées en Israël ne devaient plus être rendues à leurs proches, justifiant cette décision inhumaine comme une « mesure de dissuasion contre le terrorisme ».

Boycotter Israël, une nécessité

Si on entendait un peu plus parler de tous ces Emad Shahin, peut-être que l’idée d’organiser une mission économique en Israël n’aurait même pas émergé dans les cerveaux inconscients de fonctionnaires et d’élus wallons et bruxellois. Cette mission a finalement été annulée suite aux réclamations du PTB et de plusieurs élus du PS et d’Ecolo. Mais que se serait-il passé si le gouvernement israélien n’avait pas été pris du besoin de lâcher ses bombes au-dessus de Gaza à quelques jours de la mission économique bruxelloise ? Il est fort probable que le groupe des protestataires se serait réduit à peau de chagrin et encore plus probable que la mission économique eut été maintenue, la crainte du gouvernement bruxellois d’essuyer l’habituelle accusation d’antisémitisme (*) dès qu’on touche à Israël prenant le pas sur le principe de défense des droits humains.

C’est pourquoi, à un moment ou l’autre, il sera nécessaire de véritablement poser sur la table la question du boycott d’Israël par les institutions régionales, communautaires et fédérales de notre pays, tant qu’Israël ne se décidera pas à respecter le droit international et ceux des Palestiniens. On ne peut pas continuer à entretenir des relations avec un Etat qui commet des crimes quotidiens contre de simples citoyens et se contenter de mettre temporairement la pédale douce sur nos engagements économiques outre-Méditerranée dès que ce même Etat se retrouve sous le feu des projecteurs médiatiques, après avoir soumis des territoires palestiniens au feu, littéral celui-là, de ses drones et avions de chasse.

(*) Accusations que n’a malgré tout pas pu s’empêcher d’insinuer le président du CCOJB, Yohan Benizri, dans une carte blanche publiée le 1er décembre dernier sur le site du Soir.

 

Candice Vanhecke

Candice Vanhecke

Présidente du parti Be.One
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