Champions toutes catégories en matière de communication, le PS et Ecolo ne se sont pas privés de tacler le PTB, dont le président a pris la pause au côté du leader raciste Tom Van Grieken. Mais la lutte contre le racisme n’est pas qu’une affaire de com’ et, sur ce terrain, aucun parti ne sort gagnant.

Ce fut la minute comique de ce dimanche pluvieux : assister à l’explosion d’indignation fébrile des multiples figures du PS et d’Ecolo à la vue d’une photo des présidents du Vlaams Belang et du PTB dans le journal flamand « De Zondag ». Preuve de la gravité solennelle de la situation : alors que, d’habitude, ses posts ressemblent plus à une case de bande dessinée qu’à l’expression d’un vrai message politique, la co-présidente Ecolo Rajae Maouane s’est pour une fois limitée à trois malheureux émojis pour égayer son post.

Pourtant, malgré leurs postures outragées sur les réseaux sociaux, la satisfaction des représentants verts et socialistes est plus que palpable. A Bruxelles, région qui diffère énormément des deux autres par la pluriculturalité de sa population, les élus PTB se posent en concurrents principaux de ceux du PS et d’Ecolo sur le terrain du discours antiraciste. D’où la joie sans nom de ces derniers à afficher la photo du Zondag sur leur mur Facebook.

Il est vrai que, en termes de communication visuelle, on fait difficilement pire que la bouille rigolarde de Peter Mertens aux côtés du leader du parti le plus raciste de Belgique. Il n’était pourtant pas compliqué de mettre un « stop » au photographe pour la photo-portrait en duo qui allait forcément prêter à confusion. Mais de là à crier à la connivence, il y a un pas que d’abord la lecture de l’article, puis l’honnêteté intellectuelle obligent à ne pas franchir.

En Flandre, le cordon sanitaire n’existe plus depuis longtemps et répondre à une interview croisée avec un élu du Belang, ce n’est pas « discuter avec lui » et encore moins lui servir la soupe. A ce prix, ne nous privons pas non plus de revenir sur les débats auxquels ont participé aussi bien le PS et Ecolo que le PTB avec les partis d’extrême-droite médiatiquement acceptables côté francophone que sont la N-VA et les Listes Destexhe (désormais appelés « Libéraux Démocrates »). Le genre de cas de figure qui s’est répété au cours de la dernière campagne et qui est autrement plus grave, puisque de tels débats ont tout simplement permis de normaliser ces partis alors que, sur le fond, leurs idées ne diffèrent pas de celles du Belang. A ce petit jeu, c’est l’ensemble des partis traditionnels qui ont une responsabilité et, bien sûr, aussi les médias. Preuve que le cordon sanitaire ne fonctionne pas, mais c’est un autre débat.

Antiracisme à deux vitesses

La question ici est différente : jusqu’à quand le PS et Ecolo vont-ils continuer à faire primer la forme sur le fond lorsqu’il est question de lutte contre le racisme ? Pensent-ils vraiment que l’on a déjà oublié l’épisode de la motion antiraciste votée à la Ville de Bruxelles, dans laquelle ces deux partis ont implicitement réaffirmé leur opposition au port du foulard pour les fonctionnaires de la commune ? Ça, ce n’était pas une question d’image, mais du concret : une décision qui allait maintenir éloignées de la fonction publique de nombreuses femmes pour qui, dans un monde du travail encore fortement marqué par la discrimination, ce type d’emplois constitue parfois la seule perspective professionnelle intéressante.

Qu’on ne s’y trompe pas : à Be.One, nous ne nous sommes pas transformés en pom-pom girls du PTB : d’abord parce que nous ne sommes pas communistes, ensuite et, surtout, parce que nous n’avons pas oublié que, au moment où notre pays s’apprêtait à prendre le pire virage législatif de ces 70 dernières années avec le vote sur la déchéance de nationalité, le PTB s’est abstenu, tout comme d’ailleurs Ecolo (ne parlons même pas du PS qui a carrément voté pour). Nous étions à ce moment en pleine période d’attentats terroristes au niveau européen, la pression et les idées de l’extrême-droite étaient omniprésentes et l’ensemble des partis de gauche et de centre-gauche de ce pays nous ont prouvés qu’ils étaient incapables de faire barrage à une loi qui a purement et simplement mis fin à l’égalité de traitement entre tous les citoyens, qu’ils soient Belgo-Belges ou binationaux.

Concernant le PTB, cet épisode nous a surtout montré que, si côté francophone les communistes sont des alliés de taille dans la lutte antiraciste, cela se complique nettement lorsque cette question est traitée au niveau fédéral, où l’aile flamande, qui courtise le même électorat populaire que le Vlaams Belang, semble peser davantage dans les positions finales du parti. Reste à voir si, dans les prochaines années, les sections travaillistes du nord et du sud du pays parviendront à accorder leurs violons sur ce sujet ou si, comme c’est à craindre, il continuera à passer au second plan au nom de la lutte des classes et de l’unité du parti.

En attendant et quoi qu’il en soit, lorsqu’il est question d’antiracisme, par pitié, que les élus PS et Ecolo arrêtent de coasser de bonheur au moindre faux pas dans la com’ du PTB. Ces deux partis sont au pouvoir à Bruxelles, les chiffres des discriminations à l’emploi, au logement et dans d’autres domaines existent et ils sont massifs. Qu’ils se chargent de les faire diminuer de manière drastique et, surtout, qu’ils arrêtent de discriminer eux-mêmes une partie des Bruxelloises dans l’emploi public. La lutte contre le racisme est un défi immense et une affaire très concrète, pas seulement une question d’image et de communication impec’.

Candice Vanhecke

Présidente du parti Be.One

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